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The Sowers

Depuis 2019, la série en cours Les Semeurs porte son attention sur des scientifiques et penseurs de la crise écologique. Leurs masques végétaux ont pour singularité d’être choisis en écho à leurs recherches. Une dimension documentaire participe à l’intention de ce projet, en ce sens qu’il donne à voir des personnes dont les points de vue participent activement aux débats, qui font ce que sont nos sociétés aujourd’hui et ce qu’elles souhaitent devenir. Dans une logique de médiation, ce projet au long cours qui vit au fil des commandes et des invitations, permet à l’artiste de se constituer un savoir critique et de restituer une pluralité de points de vue, sans offrir de réponse unique. Et en même temps, son envie de se placer dans une dimension critique est à relier à la volonté de se placer dans une tradition de l’art engagé, présupposant la portée politique de ces images, où nombre des écologistes représentés sont aussi, chacun à leur manière, connus pour leur activisme.

Since 2019 the ongoing series The Sowers focuses on scientists and thinkers of the ecological crisis. Their plant masks have the singularity of being chosen to echo their research. A documentary dimension participates in the intention of this project, in that it shows people whose points of view actively participate in the debates, who make up our societies today and what they wish to become. In a logic of mediation, this long-term project, which lives on through commissions and invitations, allows the artist to build up a critical knowledge and to present a plurality of points of view, without offering a single answer. At the same time, his desire to place himself in a critical dimension is linked to the desire to place himself in a tradition of engaged art, presupposing the political significance of these images, where many of the ecologists represented are also, each in their own way, known for their activism.

Émilie Hache, at her home, Die, 2021. Collage (belladonna leaf on bamboo fine art paper)
Émilie Hache, chez elle, Die, 2021. Collage (feuille de belladone sur papier fine art en bambou)

The philosopher and eco-feminist Émilie Hache appreciates the medicinal power of belladonna ‘which cures pains, reduces fevers, calms burns’ and its use throughout the ages, when women’s knowledge was forbidden by ‘the modern male institution of medicine’. She also notes « its poisonous dimension, probably a means of defence against a jealous husband, a rapist, or a fanatical priest » and « its hallucinatory, perhaps shamanic dimension, which can apparently lead to states of trance and communication with the living world ».

La philosophe et éco-féministe Émilie Hache apprécie le pouvoir médicinal de la belladone « qui soigne les douleurs, fait baisser les fièvres, calme les brûlures » et son utilisation au cours des époques, où les femmes ont vu leurs savoirs interdits par « l’institution moderne masculine de la médecine ». Elle relève également « sa dimension empoisonneuse, probablement un moyen de défense contre un mari jaloux, un violeur, un prêtre un peu fanatique » et « sa dimension hallucinatoire, peut-être chamanique, pouvant apparemment amener à des états de transe et de communication avec le monde vivant ».
Francis Hallé, at his home, Montpellier, 2021. Collage (passionflower leaf onfine art bamboo paper)
Francis Hallé, chez lui, à Montpellier, 2021. Collage (feuille de passiflore sur papier fine art en bambou)

The passionflower grows on lianas in the Amazon, and the botanist Francis Hallé appreciates its intelligent behaviour and in particular its ability to learn from its mistakes: « You plant an inert support, a bamboo. You put in a passion flower. We know very well that it sees the support: it sends the tendril directly to it. Before it hits, you move the support ten centimetres to the right. Then she sends another spin and just as it’s about to hit, ten centimetres to the right. You do it four times, and the fifth time she aims ten centimetres to the right from the start. So there’s a possibility of some kind of prediction, an idea of what the future is. »

La passiflore pousse sur des lianes en Amazonie, dont le botaniste Francis Hallé apprécie le comportement intelligent et en particulier sa capacité à apprendre de ses erreurs : « Vous plantez un support inerte, un bambou. Vous mettez une passiflore. On sait très bien qu’elle voit le support : elle envoie la vrille directement dessus. Avant que ça ne touche vous déplacez le support de dix centimètres sur la droite. Alors elle envoie une autre vrille et au moment où ça va toucher, dix centimètres sur la droite. Vous le faites quatre fois, et le cinquième coup elle vise dix centimètres à droite dès le départ. Il y a donc possibilité d’une sorte de prévision, une idée de ce qu’est le futur ».
Gilles Clément, Mediterranean Garden, Le Rayol-Canadel, 2019. Collage (acanthus leaf on fine art bamboo paper)
Gilles Clément, Jardin méditerranéen, Le Rayol-Canadel, 2019. Collage (feuille d’acanthe sur papier fine art en bambou)

The acanthus is a plant that grows easily in the « third landscapes » of gardener Gilles Clément. He created this concept in his eponymous manifesto, to designate all the spaces which, neglected or unexploited by man, present more natural richness in terms of biodiversity than forestry and agricultural spaces.

L’acanthe est une plante qui pousse aisément dans les « tiers paysages » du jardinier Gilles Clément. Il a créé ce concept dans son manifeste éponyme, afin de désigner l’ensemble des espaces qui, négligés ou inexploités par l’homme, présentent davantage de richesses naturelles sur le plan de la biodiversité que les espaces sylvicoles et agricoles.
Isabelle Stengers, at her home, Linkebeek (Belgium), 2021. Collage (amaranth leaf on fine art bamboo paper).
Isabelle Stengers, chez elle, Linkebeek (Belgique), 2021. Collage (feuille d’amarante sur papier fine art en bambou)

Like the philosopher Isabelle Stengers, amaranth is a resilient plant. According to her, ‘we can take seriously the Argentinean farmer who says that genetically modified soya is « evil », because the way it exists implies and requires widespread destruction’. In Argentina in 2016, for example, to combat the spraying of pesticides on the GM soya fields near their homes, the inhabitants made amaranth seed bombs that sabotaged their development. The fields are returned to peasant seeds and traditional methods, which can ensure food autonomy.

Comme la philosophe Isabelle Stengers, l’amarante est une résistante. D’après elle, « on peut prendre au sérieux le paysan argentin qui dit que le soja génétiquement modifié est « méchant », car le mode d’existence de ce soja implique et exige une destruction généralisée ». Ainsi en 2016 en Argentine, pour lutter contre les épandages de pesticides sur les champs de soja transgéniques près de leurs maisons, les habitants confectionnent des bombes à graines d’amarante qui sabotent leur développement. Les champs sont rendus aux semences paysannes et aux méthodes traditionnelles, à même d’assurer l’autonomie alimentaire.
Perrine Hervé-Gruyer, Bec-Helloin farm, 2021. Collage (bean leaf on fine art bamboo paper)
Perrine Hervé-Gruyer, Ferme du Bec-Helloin, 2021. Collage (feuille de haricot sur papier f ine art en bambou)

After years of travelling, Perrine and Charles put down their bags in Normandy to create the permaculture farm of Bec-Helloin. Their model is a reference in the world because of its very high yields, obtained without pesticides or machines. To disseminate it, they are now working on research programmes with numerous scientific partners, including National Institute for Agricultural Research (NIAR).

Après des années de voyage, Perrine et Charles ont posés leurs sacs en Normandie pour créer la ferme en permaculture du Bec-Helloin. Son modèle fait école dans le monde de par ses très hauts rendements, obtenus sans pesticides ni machines. Pour le diffuser, ils travaillent aujourd’hui dans le cadre de programmes de recherche avec de nombreux partenaires scientifiques dont l’INRA (Institut national de la recherche agronomique).
Philippe Descola, Jardin des plantes, Paris, 2019. Collage (roucou leaf on fine art bamboo paper)
Philippe Descola, Jardin des plantes, Paris, 2019. Collage (feuille de roucou sur papier fine art en bambou)

Roucou is used by the Achuar Indians in the Amazon, with whom anthropologist Philippe Descola lived for several years in the 1970s. Among other uses, they sometimes apply it to their skin to dye it red.

Le roucou est utilisé par les indiens Achuar en Amazonie, avec qui a vécu pendant plusieurs années l’anthropologue Philippe Descola dans les années 1970. Entre autres usages, il leur arrive de l’appliquer sur leur peau afin de la teindre en rouge.
Pierre Lieutaghi, at his home, Mane, 2021. Collage (clerodendron leaf on fine art bamboo paper)
Pierre Lieutaghi, chez lui, Mane, 2021. Collage (feuille de clérodendron sur papier fine art en bambou)

The clérodendron is nicknamed by the ethnobotanist Pierre Lieutaghi « Offering to schoolchildren » because it blooms at the beginning of the school year, particularly near the primary school in Mane, in the Alpes de Haute-Provence, where he lives.

Le clérodendron est surnommé par l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi « Offrande aux écoliers » car il fleurit au moment de la rentrée scolaire, notamment tout proche de l’école primaire de Mane, dans les Alpes de Haute-Provence, où il habite.
Vinciane Despret, Bois des Carmélites, Liège, 2022. Collage (weeping ash leaf on fine art bamboo paper)
Vinciane Despret, Bois des Carmélites, Liège (Belgium), 2022. Collage (feuille de frêne sur papier fine art en bambou)

The philosopher and ethologist Vinciane Despret has always lived in Liege. Between her classes at the University, she used to go for walks on the slopes of the citadel, in the former Carmelite woods, not far from her home. As a child, she liked to hide in her tree house at the bottom of her parents’ garden, made of the falling branches
of a huge weeping ash tree.

La philosophe et ethologue Vinciane Despret a toujours vécu à Liège. Entre ses cours à l’Université, elle a pour habitude de se promener sur les coteaux de la citadelle, dans l’ancien bois des Carmélites, non loin de chez elle. Alors enfant, elle aimait se cacher dans sa cabane végétale au fond du jardin de ses parents, faite des branches tombantes d’un immense frêne pleureur.
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