AURELIEN DAVID

  • LE CYCLE DU VOYAGE (2016-)
  • ---
  • LE CYCLE DES VANISHING PEOPLE (2012-2015)
  • ---
  • ---

FR/
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
- Paul-Emmanuel Odin, "Second attempt at preserving the image of businessmen from vanishing" , notice d’exposition, juin 2014 - Marie Godfrin-Guidicelli, "Mediterranea 16 Sélection Française", publié par Espaceculture_Marseille, juin 2013
- Claire Lasolle, "Vanishing people - Avis d'amateur aux amateurs", notice d'exposition, septembre 2012
- Morad Montazami," Le salon du rêve", catalogue d’exposition, janvier 2009

---

Paul-Emmanuel Odin, "Second attempt at preserving the image of businessmen from vanishing" , notice d’exposition, juin 2014

Aurélien David introduit un rapport direct entre l’image et l’environnement par la pratique de photographie à la chlorophylle. Les images produites par cette technique ont un caractère verdâtre et fantômatique des plus doux, avec des nuances évanouissantes. Irréalité martienne, intimité étrangement familière, comme si depuis toujours les plantes avaient détenues en elles notre image. La spectralité leur confère une dimension aveugle, et les traces, salissures et impuretés propres au jus chlorophyllien donnent une dimension scatologique qui s’oppose à la propreté et la netteté idéalisante des images numériques. Ensuite, les images chlorophylliennes sont éphémères, elles vont vieillir comme les feuilles des arbres ou les herbes, selon leur exposition à la lumière. Il y a alors un retour d’aura dans ces images, une rareté qui leur appartient et qui les détache du flux incessant des images numériques (internet etc.). Ces images déjouent la mystification d’une inscription du visible, et relance la puissance d’une relation dans ce quelle a de toujours précaire, et de nécessairement précaire dans son nouage précis avec les dimensions du devenir. Faire revenir la valeur d’image c’est la laisser apparaître dans sa possibilité de disparition. L’image, émanation végétale, atteint à peine notre regard, par effleurement d’une figure au bord de l’effacement, et livre une relation nue, mystérieuse, première et dernière, entre les hommes et la nature, dont la nécessité intime nous échappe tout en s’imposant lentement, lentement, comme une dimension nouvelle et nécessaire de suspens.

---

Marie Godfrin-Guidicelli, "Mediterranea 16 Sélection Française", publié par Espaceculture_Marseille, juin 2013

Face aux Vanishing people, on se dit “c'est vert!”, puis on s'interroge ? Une image ? Une photographie ? Intrigué plus encore par la légende “chlorophylle sur papier aquarelle”. Mais tout s'éclaire : la chlorophylle étant l'élément constitutif de la nature associée au vert, sa capacité à disparaître par l'action de la lumière, est une substance idéale pour représenter des businessmen en train de se dissoudre... Des personnes éloignées, justement, de la nature. Tout l'art d'Aurélien David, qui se réclame des photographes-inventeurs du 19e siècle, est de brouiller les pistes par de surprenants cadrages, par une pratique savante des techniques contemporaines alliées au passé. Ce passé qui surgit par l'inventivité de son regard sur les gens qu'il prive de leur individualité. A peine un détail, un indice pour seulement imaginer un visage sur ces corps déshumanisés. L'artiste ne donne pas toutes les clés et “le visage, clairement, ne fait pas tout!” A l'opposé des systèmes d'échanges d'informations sur les plateformes internet, Aurélien David s'essaye au vin, au henné et aux fruits rouges. Vin, henné, fruits rouges : un retour aux sources, à la pratique artisanale et au geste ancestral pour cet artiste qui aime “connecter la modernité galopante à la matière”.

---

Claire Lasolle, "Vanishing people - Avis d'amateur aux amateurs", notice d'exposition, septembre 2012

On vit dans un monde d’images. Elles prolifèrent comme l’arme atomique à une époque. On ne sait pas trop quoi en faire. On a l’impression d’être assez éduqué pour savoir les décoder, être touché par les bonnes, indifférent aux mauvaises. On sait d’ailleurs déterminer une bonne photo d’une mauvaise. On sait que l’on déambule dans un monde d’illusionnistes. On se pense en mesure de choisir l’illusion qui convient. On en change si envie. On sait que la photographie n’est pas le réel. Mais on reste accroché à l’obsession de l’atteindre. On pense d’ailleurs qu’avec les moyens techniques, on est tous en mesure de le faire. On se croit tous témoin sincère du monde. On a tous quelque chose à dire. On se croit insensible à la publicité. On choisit de regarder. Ou non. On sait reconnaître un sourire. On croit être méfiant, intelligent, sagace, pertinent, prudent. On manie l’ironie. On croit être bien préparé. On croit identifier les manipulations. On croit être assis sur de bonnes valeurs. On croit être conscient. On croit exister. On croit résister.

Alors laissons-nous happer par la profondeur de la couleur de ce memento mori contemporain, qui nous rappelle que « vanité des vanités, tout est vanité ». Des businessmen se mesurant de toute leur hauteur aux visiteurs, en tenue de camouflage, figés dans leur élan, piégés dans la chlorophylle, il ne restera rien. Tout disparaîtra. L’image, l’icône, l’illusion. Au dehors, ils sont une figure de référence, étalon de nos sociétés modernes auquel nous identifier, sinon aspirer. Symbole de réussite. Ici, symbole consensuel de l’uniformisation de nos désirs et de nos goûts. L’image forte de la déshumanisation de nos sociétés contemporaines. L’homme machine, l’homme objet, l’homme anonyme qui en a mis sa tête à couper. Comment ne pas penser à l’Hydre de Lerne ? De New-York à Tokyo, leur réduction métonymique à leur costume nous permet à tous de les identifier. Ils sont devenus universaux.
L’artiste opère ici plus qu’un « recyclage poétique du réel » et nous incite à réfléchir sur ce qui fait image et sur la pratique même qu’est la photographie, « écriture à partir de la lumière » qui enregistre fidèlement la trace du monde. De par la disparition inéluctable de l’image, il contrevient au principe même de la captation photographique, ou à son mythe et ne nous dit pas « ça a été », ni « c’est ainsi » mais « ce ne sera plus ». Devant ce dispositif ambivalent (il nous interpelle sur la valeur performative du « faire image » tout en nous renvoyant à la vacuité des images et à leur historicité), j’ai la même sensation que celle qui a dû agiter les scientifiques devant la découverte des pachydermes des grottes de Lascaux (bien qu’aucun pachyderme n’ait orné les murs de ces grottes) : si le white cube était une caverne, notre ère le paléolithique des futures civilisations, voilà ce qui pourrait subsister comme spécimen de notre époque : LE businessman.

Par l’utilisation d’une image achetée via un microstock, l’artiste opère une réappropriation et un détournement néo-conceptuels de la matière même de l’image sans auteur (donc sans homme) et dénonce la réduction progressive et insidieuse de nos réalités à des images standardisées. Ces photographies, qui pullulent par milliers, bon marché, sur la toile, ne prétendent rien. Elles se revendiquent utilitaires et transparentes, soit inoffensives. Elles ne veulent rien dire. Elles se veulent efficaces. Et pourtant, elles ont su parfaitement fonder nos mythologies quotidiennes et se substituer au réel. Et c’est bien le jeu de l’illusion que d’apparaître naturelle et inévitable. Image - écran du monde, elles ont simplement donné l’illusion de réel, jouant du mythe d’une pure objectivité de l’image. La stylisation permanente des objets soumis à notre regard opère des trous dans le réel et en gomme les complexités jusqu’à un épuisement progressif de sa chair. Ces images ne nous offrent pas les profondeurs du doute et de l’incertitude qui garantissent la recherche du sens et la remise en cause nécessaire de nos systèmes de référence.

Face à la saturation de notre regard par l’image entraînant une présence captive et « exagérée du réel », nous ne pouvons qu’interroger notre usage de la photographie, elle qui est avant toute chose « rapport » : rapport à l’objet, rapport au réel. Aurélien David dérange le jeu de nos pratiques photographiques multipliées et facilitées par les avancées techniques. Au fond, nous cherchons à nous assurer que nous ne sommes pas devenus ces icônes et ces étalons de papier. Nous cherchons à retrouver la trace de notre existence et de sa mémoire, à traquer et enregistrer notre présence dans le monde. Et ce faisant, convaincus de posséder la liberté des modes d’être dans une société nous offrant un éventail de choix jamais égalé, nous reproduisons inlassablement sur ces photographies les mêmes poses, les mêmes postures et les mêmes fantasmes que distillent au quotidien ces images anonymes et inoffensives. Nous devenons nous les images. Aussi, Aurélien David, dans un subtil système d’analogies et de déplacements, pose-t-il, par la disparition matérielle progressive de la photographie, la dilution de l’objet photographique (tant d’images perdues dans les nimbes numériques), la disparition du réel dans la photographie. Il interroge, à l’heure du tout-image, le commerce de nos représentations et la capacité de l’objet photographique à être mémoire. Il interroge en dernier lieu l’objet artistique en tant que tel. Il témoigne du doute permanent qui accompagne la photographie et son statut depuis sa naissance comme son plus fidèle compagnon : au fond, qu’est ce qu’une photographie dans la fabrique de l’art et des images ?

L’appauvrissement des images signe l’appauvrissement du réel par les images, l’appauvrissement de notre imaginaire et donc l’appauvrissement de nos existences.

---

Morad Montazami, "Le salon du rêve", catalogue d’exposition, janvier 2009

"Ainsi l’amoureux de la vie universelle entre dans la foule comme dans un immense réservoir d’électricité" (Charles Baudelaire)

Le “salon du rêve” d’Aurélien David est le carnet photographique de longues pérégrinations au parc d’exposition de Versailles, à travers une quinzaine d’expositions. Le salon de l’agriculture, où l’on vient à la capitale depuis les quatre coins de la France pour mettre en boîte sa propre campagne : exposer les vaches, le foin et la meule de gruyère ; derrière le voile profane d’un Chardin et de sa nature morte émane en réalité la piété d’une crèche et de ses bêtes adoratrices. Quelles sont l’identité et la mémoire de l’agriculteur-exposant (à quoi s’expose-t-il ?) et celle du mage-commercial, dans cet instant amnésique où nous partageons le même “stand” ? Elles s’échangent aussi bien que les rôles, aussi bien que les places dans le train de l’enfance (“quel métier voudrais-tu faire quand tu serais grand?”). Au-delà de toute monnaie d’échange, c’est l’échangisme de l'imagination même qui est la monnaie de cette régression carnavalesque où les adultes font “comme si” et “jouent à”. Ton destin en échange du mien. Qui s'achètera un yacht tropézien ou bien un kimono de geisha pour officier à la cérémonie du thé ouvrira un nouveau chapitre de son existence. Le salon du tourisme, avec ses décors en carton-pâte à la surface desquels se fixent la passage de nos corps sur la plage ou aux pieds des pyramides... et se dessine un exotisme de fortune pour le voyageur aux poches vides ou celui qui a la phobie des avions. Le salon représente-t-il, plus puissamment que le jeu vidéo ou la science fiction, un dernier espace de transgression où s’oublier pour s’inventer un soi autre ?

Aurélien David a écumé tous les salons en photographe ethnologue, pour restituer l’errance, ou le vagabondage, guidant les réflexes du visiteur dans cette machine de simulation collective. L’écho au métier d’ethnologue ne consiste pas simplement à scruter les comportements, mais à dévoiler, par l'improbabilité de sa propre présence, la géométrie variable de l’altérité dans le jeu observant/observé. Lévi-Strauss, auprès des tribus brésiliennes qu’il étudie, à ses pires heures d’ennui et d’abattement, lorsque les indices ne viennent pas, que la relation ne s’instaure pas, nous parle de la mélancolie profonde où devait naître l’ethnologie moderne : “Le monde a commencé sans l’homme et il s'achèvera avec lui”. Aurélien David photographie aussi en mélancolique visionnaire. Son objectif s’arrête sur les détails insolites, les absurdités, les fulgurances, les devenirs, les spécimens. Il crée des mots d’esprits, des montages anachroniques avec tous ces accessoires sans propriétaires - à tous et à personne -, objets trouvés de l’imagination excitée par les formes et les couleurs. Il fond son regard dans l’hallucination orgiaque de leur entrechoc.

Il suggère au passage de cette rencontre inattendue, en sa propre posture, de la figure de l’ethnologue et de celle du flâneur - celui que Baudelaire voyait comme un résistant au mimétisme psychologique de la foule, et dont Walter Benjamin comparait la déambulation au déclic d’un appareil photo ou à l’instantanéité du message publicitaire : la flânerie comme expérience des parcours urbains par chocs et par heurts. Les salons et leurs stands recréent à l’échelle d’un parc d’attractions optiques le quadrillage des trottoirs que nous arpentons, en visiteurs de la “muséographie” en quoi consiste notre espace public. Là, notre capital culturel se convertit en capital touristique, les enseignes se mangent les unes les autres à la vitesse de la lumière sur un écran-miroir. Là, se joue un grand film : celui de la reproduction de notre vie quotidienne.

---

EN/
SELECTIVE BIBLIOGRAPHY

- Paul-Emmanuel Odin, Second attempt at preserving the image of businessmen from vanishing" , exhibition text, june 2014
- Marie Godfrin-Guidicelli, Mediterranea 16 French selection, published by Espaceculture_Marseille, june 2013
- Claire Lasolle, Vanishing people - An amateur opinion for other amateurs, exhibition text, september 2012
- Morad Montazami, The Dream Fair, exhibition catalog, january 2009

---

Paul-Emmanuel Odin, Second attempt at preserving the image of businessmen from vanishing" , exhibition text, june 2014

Through chlorophyll photography Aurélien David creates a direct link between image and environment. His technique produces soft greenish ghostly images with evanescent shades evoking both Martian unreality and a strangely familiar intimacy, as if plants had always held our image. The spectral quality of such images makes them blind. The traces - soiling dirt and impurities left by chlorophyll juice - add a scatological dimension to these photos, which opposes the cleanliness and idealizing sharpness of digital images. Chlorophyll prints are short-lived. They will age like tree leaves or weeds, as they depend on their exposure to light. Such images are endowed with a returning aura and an inherent rarity which cut them from the ceaseless flood of digital images (the Internet etc.). Chlorophyll prints elude entering the visible and boost a still precarious relationship - necessarily precarious because of its tight weaving with the threads of fate. Getting back the value of images comes to reveal them and their capacity of vanishing. Belonging to plant kingdom, future vanishing chlorophyll prints barely reach our eyes and create a first and last mysterious naked relationship between visitors and nature. Visitors can’t seize such a private and necessary relationship which slower and slower hints at a new and necessary suspense.

---

Marie Godfrin-Guidicelli, Mediterranea 16 French selection, published by Espaceculture_Marseille, june 2013

Watching Vanishing People any visitor will think : “How green this is ! ». Then he will wonder : “Is this an image or a photograph ?” Even more puzzling is the photo caption -Chlorophyll print on watercolor paper “. But soon everything gets clear. Chlorophyll as a green-related natural element fading away under light, is the proper stuff to depict dissolving businessmen. Businessmen are so far from nature. Following the19th century photograph inventors’ footsteps, Aurélien David's artistry consists in covering tracks through surprising framing and a clever use of contemporary techniques combined with those of the past. The past is back though the inventive way Aurélien David watches people and deprives them of their individual features. Scarce details or clues enable visitors to imagine the faces of dehumanized figures. The artist doesn't easily give himself away and, in his opinion, people’s faces are definitely not the most important part of them. Aurélien David avoids trusting platforms for the exchange of information on the web but tests by himself red wine, henna and red fruits as dyes. Wine, henna, red fruits : the artist gets back to basics, handcrafts and ancestral processes. He likes “connecting galloping modernity with substance”.

---

Claire Lasolle, Vanishing people - An amateur opinion for other amateurs, exhibition text, september 2012

We live in a world of images. They keep multiplying just as nuclear weapons used to at one time. We don’t know what to do with so many images. We feel as if we were educated enough to know how to decipher them and when to be moved by the good ones or stay indifferent to the bad ones. We believe we can tell how good a picture is and how poor another is. We know we wander in a make-believe world. We reckon we can choose the suitable illusion, and when we cannot, we can divert our attention to another image. We know that a photograph has nothing to do with reality but we all cling to this obsession that reality can be reached. We also believe technical means enable all of us to do so and each of us seems to be a reliable witness of what goes on throughout the world. We all have something to tell. We think we are safe from advertising. We can choose watching or not. We can recognize a smile. We believe ourselves suspicious, intelligent, wise, relevant and careful. Irony is fashionable. We believe we are well prepared and that we can easily identify manipulation. We believe we trust in righteous moral values. We believe we are consciously existing and resisting people.

Then let us be carried away by the color depth of a contemporary “memento mori” which reminds us of "Vanitas vanitatum, et omnia vanitas". Businessmen are defiantly standing at full height, facing visitors. Before long nothing will be left of these businessmen in camouflage, frozen in their tracks, trapped in chlorophyll. They will fade away, image, icon and illusion. They apparently look like referential figures and standards of modern societies we can identify with or yearn for, as symbols of success. But Aurélien David’s photographs stand for the collective normalization of our longings and likes. They powerfully render the dehumanization of contemporary societies. Anonymous, headless machine men remind us of the Hydra. From New York to Tokyo, businessmen in their business suits can easily be identified throughout the universe.

Aurélien David’s artwork does more than "poetically recycling reality" and invites visitors to think about the nature of an image and about the very practice of photography which "writes from light". and faithfully records world traces. The artist’s images will unavoidably vanish. That’s how he breaks with the mythical principle of photographic caption. He does not tell us "This was." or "This is how…" but "This will not last." While watching such an ambivalent display I wondered about the performative value of "making images" as well as about image emptiness and historicity. I felt like a scientist discovering pachyderms on Lascaux cave walls - even though no pachyderm has ever decorated them. If the White Cube was a cave and our time the Paleolithic era of future civilizations, the image of The Businessman would remain as a specimen of our time.

The artist starts from an image bought via a micro stock and makes it his, thus neo-conceptually diverting an authorless image – a man-lacking image – Doing so, he points at the progressive and insidious reduction of reality to standard images. Such photographs swarm by the thousands on the web. They are cheap and don’t mean much. They are supposed to be useful, clear and harmless. There is no substance in them but they mean to be efficient. That is how they can match our daily mythology and replace reality. Illusion must look natural and inevitable. Images on the world screen make believe, play with the myth of their equaling pure objectivity. We keep watching stylized objects, which digs holes in reality, gradually erases its complexity and deprives it of its very soul. Such pictures do not leave us facing the depths of doubt and uncertainty, which is so necessary when we search for sense or and question our reference systems.

Our eyes get saturated with images requiring our captive presence and "augmented reality". The only thing we can do is question our use of photography. This art is mainly related to objects and reality. Aurélien David disturbs our easy technical multiplying photographic practices. In fact what we want is to ensure that we have not become icons and standards of paper. We tend to track our existence memory and record our presence in the world. Doing so, as we are firmly convinced of being free to choose our way of life in a society offering an unlimited panel of choices, we keep reproducing identical photographs with similar poses, postures and fantasies, quite similar to the anonymous harmless images daily distilled on the web. We are images. However, through a subtle system of analogies and displacements of meaning, Aurélien David tells us about the gradual vanishing of photography material, the slow dilution of photographic objects and the vanishing reality of photographs – after all so many images disappear in the digital halo. In this all-image age, he questions the right to sell pictures and wonders if photographic objects can fall within the ambit of memory. He finally questions the relevance of an art object. He shows how permanent doubt is the faithful companion of photographs and their status since the birth of photography. After all, are photographs so important in the realization of art and pictures ?

Poor pictures make poor reality, poor imagination, and therefore poor human lives.

---

Morad Montazami, The Dream Fair, exhibition catalog, january 2009

"So does the lover of universal life enter the crowd as he would an immense reservoir of electricity" - (Baudelaire, Charles in “Le Peintre de la vie modern – Le Figaro, 1863 )

Aurelien David's "Dream Fair” is the photographic book of his long wanderings through fifteen exhibitions in Versailles Exhibition Center. In the Paris Salon de l’Agriculture where people from all over France come to the capital in order to box their own countryside in. Cows, hay and Swiss cheese wheels can be seen there. Each of Chardin’s still lives reveals the painter’s devotion through a profane veil, with their mangers and their adoring animals. What are a farmer-exhibitor’s identity and memory – how far has he got to expose himself ? What are a commercial wizard’s identity and memory during such an amnesic moment as an exhibition, when the same stall has to be shared? They swap roles and places just like children do - "What would you like to be when you grow up?” Imagination has become a regressive carnival-like medium of exchange - adults play and pretend. “Your destiny in exchange for mine”. You buy a Tropezian yacht or a tea ceremony geisha kimono and you start a new chapter in your life. The Tourism Fair and its cardboard sceneries with bodies lying on the beach or figures standing at the foot of Egyptian pyramids - cheap exoticism for penniless or plane phobic travellers. Is such a fair more powerful than a video game or science fiction story or the last transgressing space where to forget about yourself and invent another self.

Aurélien David roamed the fifteen fairs as an ethnologist-photographer to render the wandering-loitering guiding reflexes of visitors, around each of those collective make believe systems. The presence of an ethnologist being most improbable, the echo of his job does not only consist in observing behaviors but also in revealing the variable geometry of otherness in the game of ‘observer’ versus ‘observed’. Claude Levi-Strauss suffered terrible hours of boredom and depression due to lack of signs and communication when he was studying Brazilian tribes. He wrote about the deep melancholy from which modern ethnology was to be born. "The world began without man and will end without him." Aurélien David is a melancholy visionary photographer. His camera lens shoots unusual details, nonsense, specimens and lightning or changing moments. The photographer invents witticisms, anachronic photo montages from ownerless accessories which belong to everyone without being owned by anyone. He works from the objects his shape and color excited imagination will notice. His gaze fuses with the orgiastic hallucination of clashing objects.

Such unexpected meetings in their own postures suggest the figures of the ethnologist as well as that of the “flâneur” - the Baudelairean “flâneur” who resists the psychological mimesis of the crowd. The “flâneur” whose ambulation Walter Benjamin compared to a camera click or to advertisement immediacy. Ambling around is a way to experiment urban routes through shocks and clashes. Fairs and their stands recreate, on the scale of an optical amusement park, the sidewalk grids we walk along as visitors to the museum of public spaces. Then our cultural capital turns into a touristic one. Advertising signs trip over themselves at the speed of light on a mirror-screen. There a great film is on – that of our everyday life.