AURELIEN DAVID

  • LE CYCLE DU VOYAGE
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  • LE CYCLE DES VANISHING PEOPLE
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26 août 2017. Je suis à Tanger avec mon voilier en provenance de Gibraltar, accompagné de deux amis équipiers, Adéle et Antoine. C'est la première fois que je viens au Maroc. Je crois savoir que la ville est un peu le carrefour d'entrée du pays, situé à mi-chemin entre européanité et africanité. Il n'y a pas de port de plaisance, juste un quai pour accueillir les bateaux de passage en attendant la fin de la construction de la marina et dont les outils promotionnels en ville vantent les mérites. Ce sera luxueux. En attendant, pas de douches ni de toilettes, mais il est possible d'utiliser ceux de la gare maritime située à proximité. Zéro confort, mais un accueil chaleureux offerts par les agents de la capitainerie : « Soyez les bienvenus ». On nous a placé devant un yacht à moteur de 43 pieds, flambant neuf, dont le pavillon bat aux couleurs du Maroc. Un homme à moustache, yeux verts et cheveux noirs un peu grisonnants est à bord. Sa tenue vestimentaire simple semble un peu en décalage avec le luxe de son yacht. Il s'appelle Abdelaziz. On entame la discussion dans un français lent et exagérément articulé pour se comprendre, car « Aziz » (son surnom) parle surtout arabe. Depuis combien de temps habite-t-il à Tanger ? Il sort sa carte d'identité pensant qu'on lui demande son âge. Un petit choc nous saisit Antoine et moi car il a un an de moins que nous, mais semble nettement plus âgé. Un peu plus tard, un homme « bien sur lui » monte à bord du yacht, discute avec Aziz : c'est le gestionnaire du bateau dont il a dirigé la récente rénovation. Aziz est en fait le gardien du bateau depuis seulement quelques jours, en attendant que son propriétaire jouisse de son bien.

Lorsque je photographie Aziz, je luis demande s'il sait où je pourrais trouver de la végétation tangéroise pour développer son portrait. Il m'indique alors depuis le quai, au loin, des arbres plantés dans un square - la Terrasse Borj Al Ajaoui, qui offre une vue panoramique de toute beauté sur le port de Tanger - mais dont je ne connais pas le nom de l'espèce.

Le surlendemain de notre arrivée à Tanger, je vais au port de pêche acheter du poisson frais dont j'ai oublié le nom, afin de préparer à bord un « risotto de la mer » dont j'ai envie depuis quelque temps. Nous invitons Aziz à bord pour manger avec nous. Adèle me rappelle qu'il ne boit certainement pas d'alcool et c'est effectivement le cas. J'organise deux « fournées » de mon risotto : l'un dont le riz a gonflé dans du vin blanc acheté en Espagne et l'autre sans. Aziz nous est reconnaissant de lui avoir prêté cette attention. Tout au long de la préparation, il nous présente des photographies de sa famille sur son smartphone. On y voit des hommes à moustaches ainsi que des femmes aux visages ronds et rieurs dont la pudeur est restituée par le port d'un voile. Certains des membres de sa famille vivent à Tanger et ses parents demeurent au giron originel – une ferme située près d'un grand lac à Taza, au centre du Maroc – dont nous aurons la chance de goûter la production de raisin blanc au moment du dessert.

Lorsque nous nous attablons pour manger, Adèle lui demande de traduire en arabe plusieurs mots du quotidien. Se met alors en place un jeu où Aziz devient notre premier maître d'école de langue arabe. « Aziz aoal oahid osstad fi al magrib ». Alors que quelque jours plus tard, nous nous rendons dans un café internet, Adèle continue la leçon auprès du gérant qui est d'origine berbère, qui rêve de voyage et qui se passionne pour le notre. Il nous apprend un proverbe berbère qui pourrait être sa devise personnelle (et la mienne?) :

« Mieux vaut voyager vingt ans que de vivre cent ans ».