AURELIEN DAVID

  • LE CYCLE DU VOYAGE
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  • LE CYCLE DES VANISHING PEOPLE
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4 novembre 2017. Mon voilier est amarré à la Marina d'Agadir depuis maintenant plus d'un mois. Il me tarde désormais de larguer les amarres avec pour cap, les Canaries. Au Maroc, je n'ai pas chômé. Mes semaines ont été bien remplies, à la fois de rencontres, de découvertes et de photographies. Maintenant, je vais prendre un peu de temps pour raconter ma rencontre avec Farida, à Agadir.

En arrivant ici le 24 septembre, j'ai vu une drôle d'embarcation amarrée à un ponton – un canoë dédié à l'expédition mué par un américain qui navigue avec le long des côtes marocaines. Un agent de la police des frontières d'El Jadida m'avait parlé de lui au moment de son passage, mais je l'avais alors raté, ne dormant pas à bord de mon bateau au moment de mon propre passage à El Jadida. Puis, nous avons sympathisé, propriétaires de petits bateaux que nous sommes, son canoë mesurant six mètres et mon voilier, huit mètres. Un jour, il me parle d'un jeune couple de backpackers polonais voyageant avec leur petit chien, Poucky, car ils sont alors en recherche d'un embarquement pour traverser jusqu'aux Canaries. Izabella et Piotr sont amusants avec leur chien, ils sont sponsorisés par je ne sais qui pour le photographier partout où ils vont et dans toutes les situations possibles. Plus tard, ils tournent comme figurants dans une série de télévision américaine – « 40° North », quelque chose comme ça – dont l'équipe tournait des scènes au Maroc, à Essaouira et sur la plage d'Agadir. Sur ce tournage, ils ont rencontrés Alizée, figurante vivant à Agadir. Deux jours après ce tournage, tandis que j’envoie des mails depuis ma tablette numérique, assis sur le perron de la capitainerie pour profiter de la portée satisfaisante du réseau wifi, ils osent venir interrompre ma médiation avec l'écran pour m’inviter à une promenade sur la plage, en compagnie de leur nouvelle amie et de ses enfants. Oui, non, oui quand même car, dans le fond, c'est dimanche et c'est vrai que ça n'est pas très professionnel de travailler le dimanche. Qui, quoi, comment, pourquoi, rencontre-rencontre. Alizée est éducatrice Montessori, pédagogie alternative venue des pays du Grand Froid.
« - Et toi ?
- Je fais des photos avec du jus de plante. Avec de la chlorophylle.
- Alors ça, ça m'intéresse beaucoup... Ma mère est responsable pédagogique de l’école où je travaille. Venez manger le couscous samedi prochain, ce sera l'occasion d'en discuter ».
Devinez comment s'appelle la maman d'Alizée ?

Farida a une histoire dense comme on rêverait tous d'avoir, toute en voyages. Elle est née en Algérie, a grandi en région parisienne, a vécu aux Caraïbes, en Nouvelle-Calédonie, en Inde, en Espagne et depuis six ans, au Maroc. Elle a été shipchandler, grimpant à l'échelle du pilote pour se rendre dans les cargos à qui vendre ses produits, à cinquante mètres au-dessus des flots. Aujourd'hui, elle est spécialiste du développement de l'enfant et on vient de loin la consulter. Elle a vécu dans le plus grand écovillage du monde – Auroville, une communauté hippie ayant vu le jour dans les années soixante-dix en Inde – mis elle n'est pas « vegan » pour autant, parce qu’elle n'aime pas les extrémismes, bien qu'elle ne mange de la viande qu'une à deux fois par mois. Sacré nana. Le courant est vite passé et est arrivé ce qui devait arriver, à savoir, la mise en place rapide de notre collaboration. La directrice de l'école est d'ailleurs enchantée à l'idée de ma venue car les propositions d’activités stimulant la créativité des enfants sont rares au Maroc, où l'apprentissage de l'autorité fait souvent perdre ses moyens à l’enfant face à son professeur. J'ai passé une semaine en compagnie de cinq classes différentes, à qui j'ai appris à faire des photographies à la chlorophylle et les plus grands, ayant une thématique de travail autour du voyage, ont été invités à visiter mon voilier, après qu'il m'aient interviewé en ma qualité de voyageur. Autant dire que dans ce contexte, pas de problème de crainte de l'autorité. On flirte sans cesse avec les limites, on apprend en s'amusant, mais en même temps, cela reste du travail. On travaille dans le plaisir, pas sous la contrainte. Quel honneur que de voir mon travail pédagogique associé à celle de Montessori. J'ai ici une utilité sociale qui me sort de ma condition de vacancier-spectateur qu'on me prête parfois, lorsque je prend le taxi par exemple.
« - Alors, c'est bien la plage ?
- Oh oui, c'est bien la plage, sauf que je n'y vais pas, parce que je trouve ça ennuyant ».

Pas moins de cent élèves ont été concernés par mes ateliers. Quelle belle façon de payer mon loyer à la marina, dont les tarifs sont sensiblement les mêmes que ceux de l'Europe. J'aimerai tellement pouvoir faire ça à chaque escale prolongée, pour gagner ma vie en voyage avec mon voilier. Pouvoir appliquer au quotidien ma devise : Liberté, Liberté et Liberté.