BeLeaf (2018-2019)

Il s'agit de plans américains travaillés au flash, où les personnages solitaires
posent en extérieur, de façon classique, de face ou de trois quarts. Leurs
environnements sont plus ou moins anthropisés, c'est à dire que la présence
humaine y est plus ou moins remarquable, soit par des éléments
architecturaux modernes ou traditionnels, soit par des éléments naturels plus
ou moins organisés.

Grâce au soleil et à la chlorophylle, les visages ont pour singularité d'être
révélés de façon naturelle, directement sur des feuilles d'arbres, pour devenir
les masques d'un rituel. Après avoir réalisé un « masque végétal », je
commande à mon laboratoire photographique un tirage du portrait entier,
cadré des hanches à la tête, sur un papier fine art constitué de 90% de fibres
de bambou et de 10% de coton. En posant le masque végétal sur le papier
photographique, je joue à l'illusionniste. Je fais en sorte que les traits du
visage coïncident avec ceux du corps, pour produire un effet d'hybridation. De
plus près, des indices discrets donnent du corps à l'image, tels que les pliures
du végétal, les déchirures, les marques de vieillissement, les ombres légères,
ou encore les effets de transparence, qui laissent parfois apparaître le papier
en-dessous. Le collage photographique me permet d'obtenir le réalisme
escompté, en évitant une chaîne de création exclusivement numérique.

Je porte aussi attention à l'équilibre des formes. Le végétal doit être ni trop
grand ni trop petit. Il doit s'harmoniser avec le corps du personnage et
demande un travail de composition en relation avec l'arrière-plan, de façon à
ce que les éléments représentés soient placés avec justesse, pour former un
« écosystème de signes » équilibré. Les lignes végétales coïncident avec les
traits du visage pour conduire le regard en certains points : le nez, la bouche,
un œil. La nervure principale coupe souvent le visage en deux parties
verticales au niveau du nez. Lorsqu'elle est décalée sur le côté du visage, au
niveau de l'œil, son croisement avec une nervure secondaire offre un point de
départ pour le cheminement du regard. La direction des nervures secondaires
oriente la lecture du visage, ainsi que les branches d'un arbre peuvent être
tournées vers le sol (exemple du saule pleureur) ou vers le ciel (exemple du
cyprès). Lorsque la pointe de la feuille est tournée vers le bas, c'est pour
devenir un cou ou le col d'une chemise. Le bord, selon qu'il est épineux, denté,
crénelé ou entier, va offrir du dynamisme ou de la douceur.

La combinaison de ces choix amène le regardeur à un certain type de lecture
et à faire ce que j'appelle un « effort anthropomorphiste », à chercher
l'Humain dans le Végétal. Une invitation à repenser nos liens avec la Nature.

Aurélien David

 

François, Nantes, France, 2018

 

Gilles, Nantes, France, 2018

 

Antoine, Paris, France, 2019

 

Pascal, Trentemoult, France, 2018

 

Josette, Nantes, France, 2018

 

Charlotte, Vertou, France, 2018

 

Isabelle, Carnac, France, 2019

 

Juan Pablo, Madrid, Espagne, 2019

 

Jacques, Saint Herblain, France, 2018

 

Matthieu, Lisbonne, Portugal, 2018

 

Kevin, Sainte Luce sur Loire, France, 2018